Un jour tu te sens presque toi-même. Le lendemain, tu te regardes dans le miroir et tu ne sais plus très bien qui te fixe. Tu aimes ton bébé, profondément, et en même temps tu portes le deuil silencieux de la femme que tu étais avant. Les deux peuvent être vrais en même temps, et ça ne fait pas de toi quelqu’un de cassé.
Ce sentiment de ne plus te reconnaître porte un nom. Et non, ce n’est pas ce que tu redoutes peut-être en lisant ça.
Ça porte un nom : la matrescence
Le terme a été proposé dans les années 1970 par l’anthropologue américaine Dana Raphael, puis popularisé plus récemment, notamment en France par le podcast de Clémentine Sarlat. Matrescence, contraction de « maternité » et « adolescence » : comme l’adolescence, c’est un passage, une transformation en profondeur de qui tu es, pas juste un ajustement d’emploi du temps.
Ce que ce mot change, une fois qu’on le connaît : ce n’est plus « quelque chose qui cloche chez moi », c’est un passage que traversent énormément de femmes, qui a un début, une forme reconnaissable, et qui évolue avec le temps. Tu n’inventes rien, et tu n’es pas seule à le vivre, même si personne autour de toi n’en parle vraiment.
Pourquoi tu te sens comme ça
Ce n’est pas dans ta tête, au sens où tu l’imagines peut-être. La grossesse et la naissance entraînent de vrais changements dans le cerveau, dont certains persistent pendant deux ans ou plus après l’accouchement. En parallèle, presque tout ton quotidien se réorganise autour d’un nouvel être humain : tes besoins les plus basiques — manger, dormir, te doucher — passent après les siens, souvent pour la première fois de ta vie adulte.
Ajoute à ça le regard des autres, qui change lui aussi : on te parle de plus en plus comme « la maman de », et de moins en moins comme toi, avec ton prénom, tes idées, ce qui te faisait rire avant. Ce décalage constant, entre qui tu étais et ce à quoi on te réduit maintenant, nourrit directement ce sentiment de disparition.
Comment distinguer ça d’une dépression post-partum
C’est la question qui inquiète le plus, alors autant y répondre clairement. La matrescence va et vient : tu peux avoir des jours difficiles, suivis de vrais moments de connexion, de joie, même brefs. Tu restes capable de créer du lien avec ton bébé, même épuisée. Avec le temps, les choses évoluent doucement vers un sentiment de te retrouver — différente, mais toi.
La dépression post-partum, elle, touche environ 10 à 20 % des mères et s’installe dans la durée : une tristesse qui ne se lève pas, une perte d’intérêt pour à peu près tout, parfois des pensées sombres. Si c’est ce que tu reconnais — un vide persistant, plus aucun moment de répit, des pensées qui te font peur — ce n’est plus une simple transition identitaire, et il est important d’en parler rapidement à un professionnel.
À retenir — Si ça va et vient, si tu ressens encore de la joie même par éclairs, tu es probablement en pleine matrescence : un passage normal, pas une panne. Si le vide est constant et que rien ne le traverse plus, parles-en à un professionnel — ce n’est plus la même chose, et ça se soigne bien.
Ce qui aide vraiment à traverser ce passage
Personne ne peut t’épargner cette transition, mais certaines choses la rendent plus douce.
Arrête de comparer en permanence « avant » et « après ». Ce n’est pas que tu as perdu quelque chose et qu’il faut le retrouver à l’identique — c’est que tu deviens quelqu’un de nouveau, en plus de qui tu étais. Une formulation qui aide, y compris avec ton conjoint : plutôt que « je ne suis plus moi-même », essayer « je découvre une nouvelle partie de moi ».
Accepte l’ambivalence sans culpabiliser. Aimer ton bébé à en pleurer et, au même moment, avoir envie de fuir cinq minutes loin de tout, ce n’est pas contradictoire — c’est exactement ce que traversent la majorité des mères, même si presque personne ne le dit tout haut.
Garde de petits ancrages de toi-même, même minuscules. Une chanson que tu aimais, cinq minutes avec un livre, un message à une amie qui te connaît depuis longtemps. Ce ne sont pas des détails superflus : ce sont les fils qui te relient à qui tu étais, pendant que tu deviens quelqu’un de plus.
Questions que tu te poses peut-être
Combien de temps dure la matrescence ?
Il n’y a pas de durée fixe. Certaines femmes sentent un vrai apaisement en quelques mois, d’autres continuent à intégrer ce changement sur plusieurs années — la maternité continue de transformer l’identité bien après le retour au travail ou la fin de l’allaitement.
Est-ce que les pères ou les seconds parents vivent la même chose ?
Oui, une transformation identitaire existe aussi pour eux à l’arrivée d’un enfant, même si elle est encore moins nommée et moins reconnue socialement.
Faut-il consulter même si ce n’est « que » de la matrescence ?
Si le sentiment de perte t’envahit trop, en parler à une sage-femme, un psychologue périnatal ou un groupe de parole reste une bonne idée, même sans dépression diagnostiquée. Un passage normal peut quand même mériter du soutien.
Ces repères sont généraux et ne remplacent pas un avis professionnel. Si tu as des doutes sur ton état, ta sage-femme, ton médecin ou un psychologue périnatal restent les bonnes personnes à qui en parler.
Se préparer, avant même que ça commence
Savoir à l’avance que ce passage existe, qu’il a un nom, qu’il est normal, change beaucoup de choses le jour où tu le traverses toi-même.
C’est exactement ce que propose Ma valise maternité — pour moi d’abord : un guide gratuit pour préparer ce dont tu auras besoin, toi, après la naissance — pas seulement le matériel.

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